Cédric Botella

ANCIEN GENDARME, IL CONSTRUIT LE FUTUR

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Du porte-à-porte avec un drone à une entreprise de 6 millions d’euros

Quand Cédric Botella se lance dans le drone en 2012, le marché est encore balbutiant.

Après vingt ans dans la gendarmerie, il crée son entreprise avec sa femme et commence… dans son garage.

À l’époque, peu de gens savent réellement ce qu’est un drone. Lui imagine pourtant déjà les usages professionnels que cette technologie pourrait permettre.

Ses premiers pas vont rapidement le ramener à la réalité.

Costume, mallette à la main, il fait du porte-à-porte pour proposer aux particuliers des photographies aériennes de leur maison.

Ça ne marche pas.

Mais quelques années plus tard, Instadrone comptera une trentaine de salariés, réalisera environ 6 millions d’euros de chiffre d’affaires et accueillera Xavier Niel à son capital.

Entre les deux : des paris, quelques nuits blanches, une crise qui aurait pu coûter très cher à l’entreprise et une conviction qui n’a jamais vraiment quitté son dirigeant : la technologie n’a d’intérêt que lorsqu’elle répond à des usages concrets.


Dire oui avant de savoir comment faire

L’un des tournants de l’histoire d’Instadrone commence par un appel client.

On demande à Cédric Botella s’il est capable de réaliser un panorama azimuté.

Il ne sait pas le faire.

Il répond oui.

Une fois le téléphone raccroché, il réalise ce qu’il vient de faire et annonce à sa femme qu’il a probablement fait une grosse erreur.

Il passera une partie de la nuit à chercher comment tenir son engagement.

L’anecdote pourrait simplement faire sourire. Elle raconte pourtant quelque chose des premières années d’une entreprise : cette frontière parfois très mince entre audace et inconscience, lorsqu’il faut accepter une opportunité avant de posséder toutes les réponses.

Ce contrat participera à orienter Instadrone vers les télécoms, un marché qui deviendra déterminant dans son développement.


Grandir… et ne plus entreprendre seul

Quelques années plus tard, l’entreprise change d’échelle.

Lorsque Xavier Niel entre au capital d’Instadrone via Iliad, on pourrait imaginer que Cédric Botella retient avant tout le montant de l’investissement.

Ce n’est pourtant pas ce qu’il raconte.

Ce qu’il cherchait aussi à ce moment-là, c’était de l’accompagnement.

Après des années à prendre les décisions avec sa femme, l’arrivée d’actionnaires connaissant la croissance des entreprises lui apporte quelque chose de différent : des interlocuteurs avec lesquels confronter ses décisions et le sentiment de ne plus avancer seul.

Un sujet rarement mis en avant lorsque l’on parle de levée de fonds, généralement réduite aux montants et aux valorisations.


Quand un marché s’effondre

La croissance n’a pourtant rien eu de linéaire.

Très exposée au secteur des télécoms, Instadrone voit un jour son marché se retourner brutalement.

Pour l’entreprise, le choc représente environ 3 millions d’euros de chiffre d’affaires en moins et une dizaine de collaborateurs dont l’activité disparaît pendant près d’un an.

La diversification engagée auparavant devient alors déterminante.

Inspection, topographie, nouveaux usages professionnels du drone : l’entreprise avait commencé à investir dans d’autres métiers alors même que son activité historique fonctionnait encore.

Selon Cédric Botella, certaines entreprises du secteur restées exclusivement dépendantes des télécoms ne survivront pas à cette crise.

Pour lui, l’épisode laissera aussi un regret : celui de ne pas avoir été suffisamment audacieux plus tôt, notamment en matière de croissance externe.


Du drone au robot humanoïde

Aujourd’hui, la réflexion d’Instadrone ne porte plus uniquement sur le pilotage d’un drone.

L’entreprise travaille notamment sur l’automatisation : depuis un poste de contrôle, un opérateur peut déclencher à distance une mission réalisée par un drone depuis sa station.

Inspection de sites industriels, surveillance, interventions automatisées : le drone devient progressivement un outil intégré à des processus plus larges.

Et l’entreprise explore désormais un autre terrain : les robots humanoïdes.

Pas avec l’idée d’un remplacement généralisé des salariés à court terme.

Cédric Botella imagine d’abord des usages très concrets : accéder à certains environnements dangereux, effectuer des contrôles, réaliser des tâches ingrates ou intervenir dans des espaces dans lesquels un drone ne peut pas évoluer.

Des drones pour sauver des vies

C’est probablement sur les usages de sécurité et de secours que sa vision de la technologie apparaît le plus clairement.

À Valras-Plage, des expérimentations ont notamment permis d’envisager l’utilisation de drones pour intervenir auprès de personnes en difficulté en mer et leur apporter rapidement un dispositif de flottaison.

Cédric Botella évoque également le transport de poches de sang ou l’utilisation du drone comme premier intervenant sur certaines situations d’urgence.

Une approche qu’il résume par une idée : mettre la technologie au service d’un besoin, plutôt que développer de la technologie simplement parce qu’elle existe.


Et toujours le doute

Malgré la croissance de son entreprise, ses salariés, ses investisseurs et les projets technologiques qu’il développe aujourd’hui, Cédric Botella parle également très librement de son syndrome de l’imposteur.

Il revient sur ses erreurs, les décisions qu’il aurait pu prendre plus tôt, mais aussi ses difficultés de dirigeant, notamment en matière de management.

C’est peut-être l’un des paradoxes les plus intéressants de son parcours.

Derrière une entreprise qui réalise plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires, il reste un entrepreneur qui continue à s’interroger sur ses décisions, sur les technologies qu’il développe et sur les limites qu’il faudra leur donner demain.


Dans cet épisode

Dans cet épisode d'Instinct d'entrepreneur, Cédric Botella revient sans filtre sur :

  • son passage de la gendarmerie à l’entrepreneuriat

  • les débuts d’Instadrone et les risques pris pour développer l’entreprise

  • l’entrée de Xavier Niel au capital et l’importance de ne plus entreprendre seul

  • la nécessité de se diversifier quand un marché s’effondre

  • les doutes et le syndrome de l’imposteur, même après plusieurs années de réussite

  • sa vision des drones, de la robotique et des technologies de demain.

Une conversation sur l’audace, les choix qui façonnent une entreprise et la place que la technologie peut prendre lorsqu’elle est mise au service de besoins bien réels.